Convivialité & Gastronomie

Des bocaux anti-gaspi au service de l’insertion

2016

Près de Chambéry, la jeune association J’aime Boc’oh est animée d’une double ambition : lutter contre le gaspillage alimentaire par la valorisation et favoriser l’insertion par l’emploi de personnes en situation de fragilité. Une démarche tout à la fois environnementale, économique et sociale, récompensée par la Fondation AG2R LA MONDIALE. Rencontre avec Baptiste Bourdeau, son initiateur.

Comment est né votre projet de conserverie solidaire ?

Je me suis passionné pour les problématiques de développement durable au cours de mes études en école de commerce. Après une mission de recherche en responsabilité sociale des organisations à Montréal, je suis rentré en France en 2010, avec l’envie de mettre mon énergie et mes compétences au service d’un projet qui ait du sens.

Je me suis investi dans plusieurs mouvements associatifs et citoyens, dont le collectif Disco Soup, qui organise des séances de cuisine de rue à base de fruits et légumes invendus. Cette expérience m’a fait prendre conscience de l’ampleur du gaspillage. Aujourd’hui dans le monde, 40 % de la production alimentaire part à la poubelle ! J’ai alors eu envie d’aller plus loin, en agissant non plus ponctuellement mais quotidiennement, et en y associant une approche sociale et solidaire. J’aime Boc’oh était né !

Quel en est le concept ?

C’est une conserverie solidaire qui transforme des fruits et légumes disqualifiés – c’est-à-dire écartés de la vente bien que comestibles – en conserves artisanales. Concrètement, nous collectons tous les jours leurs invendus auprès des distributeurs partenaires et nous rachetons auprès des producteurs leurs surplus et leurs « biscornus ». Tout ceci dans une logique de circuit court, à proximité de notre atelier de transformation de Cognin, près de Chambéry, en Savoie.

On y élabore des confitures et des chutneys à partir de recettes créatives, voire décalées, associant volontiers fruits, légumes, épices et oléagineux. Après la confiture banane-gingembre et le chutney de tomate verte, nous allons bientôt lancer la Poire du Papa Noël et la Pamplerotte à base de pamplemousse et de carotte !

J’aime Boc’oh, c’est aussi une micro-structure d’insertion professionnelle dans les métiers de l’agroalimentaire, la première dans le département. C’est tout l’intérêt de notre démarche : générer de l’emploi local pour des personnes qui en étaient durablement éloignées et développer leurs compétences dans un secteur qui embauche. Aujourd’hui, notre responsable de production forme et encadre trois salariés.

Où en est l’association aujourd’hui et quelles sont les prochaines étapes ?

Le projet a déjà deux ans et demi, mais 2016 a véritablement été l’année du démarrage, après une phase pilote de sept mois pour expérimenter le concept à petite échelle. Actuellement, 150 bocaux sortent chaque jour de notre atelier. Un tiers de la production est écoulé en direct sur les marchés et dans notre local. Le reste est distribué dans des magasins qui ont mis en place une politique anti-gaspi ou en faveur de l’économie locale.

L’idée aujourd’hui est d’assurer notre autonomie. Avec un volume de 35 tonnes de fruits et légumes récoltés, notre objectif est de produire 30 000 bocaux par an et de recruter quatre personnes supplémentaires, toujours en insertion. Si le projet fonctionne, nous envisageons d’essaimer ce modèle en implantant localement de nouvelles unités de production dans d’autres territoires.

Pour cela, le Prix Alimentaire de la Fondation AG2R LA MONDIALE, qui nous a été décerné il y a quelques semaines, nous apporte à la fois de la reconnaissance, de la visibilité et des financements, nécessaires pour nos investissements à venir. Un vrai coup de pouce  pour aller encore plus loin !

 

DÉCOUVRIR LA CONSERVERIE J’AIME BOC’OH EN IMAGES :

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